 Héritage et
succession : à quoi sert l'assurance-vie ?
[ 18/12/09 - 14H40
]
Ce n'est pas parce que les droits
de succession ont été allégés, voire
supprimés dans certains cas, que l'assurance-vie
ne présente plus aucun intérêt. Elle reste
malgré tout un outil indispensable pour
mieux organiser sa succession. Explications.
La loi Tepa d'août 2007 a allégé,
voire dans certains cas, supprimé les droits de
succession. Cela remet-il en cause la
prééminence de l'assurance-vie, bien connue
pour ses vertus successorales ? Elle était
en effet et jusqu'alors, l'outil idéal pour
alléger la note en cas de décès. Le réponse
est négative : l'assurance-vie conserve tout son
attrait pour les successions importantes ou pour
certaines situations spéciales (concubinage,
volonté de transmettre à un non héritier, etc.).
Explications.
Moins d'intérêt fiscal, mais
toujours autant d'attrait juridique
Pour tous les décès survenus
depuis le 22 août 2007, date d'effet de la
loi Tepa, les droits de succession ont
purement et simplement été supprimés pour le
conjoint, le partenaire de pacs et les frères et
soeurs qui habitent ensemble. Ces mêmes
personnes ont été exonérées des taxes
normalement dues sur l'assurance-vie _ pour ne
pas la pénaliser par rapport au droit des
successions. Pour elles, la taxe de 20%,
prélevée au-delà de l'abattement de 152.500 euros
par bénéficiaire sur le capital-décès,
disparaît.
Par ailleurs, les droits de
succession normalement dus sur les cotisations d'assurance-vie versées
après soixante-dix ans et qui excèdent 30.500 euros
(voir ci-dessous) sont également supprimés pour
les conjoints, les pacsés ou les frères et
surs qui vivent sous le même toit.
Sur le plan purement fiscal, l'assurance-vie
ne présente donc plus d'intérêt particulier
pour les couples mariés ou pacsés, puisqu'ils
sont désormais totalement exonérés de droits,
mais, même pour eux, elle conserve un certain attrait
juridique.
La fiscalité de l'assurance vie
en cas de décès
| |
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Primes versées avant le 13/10/1998 |
Primes versées après le 13/10/1998 |
| Contrat souscrit avant le 20/11/1991 |
Pas de taxation |
Prélèvement de 20%, après
abattement de de 152.500 euros, quel que
soit l'âge de l'assuré lors du
versement des primes |
| Contrat souscrit après le
20/11/1991 et primes versées avant les
70 ans de l'assuré |
Pas de taxation |
Prélèvement de 20%, après
abattement de de 152.500 euros |
| Contrat souscrit après le
20/11/1991 et primes versées après les
70 ans de l'assuré |
Droits de succession sur la
fraction des primes dépassants 30.500
euros |
Droits de succession sur la
fraction des primes dépassants 30.500
euros |
INDISPENSABLE pour les enfants au-delà
de 150.000 euros
Les enfants, eux, ne paient
désormais des droits de succession qu'au-delà d'un
abattement réévalué à 156.359 euros au 1er janvier
2009 (151.950 euros en 2008, 150.000 euros
depuis le 22 août 2007 et 50.000 euros
avant). Pour les petites successions et tant que
la part de chacun des descendants est inférieure
à ce seuil, l'assurance-vie est neutre. En
revanche, dès que les sommes à transmettre
dépassent 156.359 euros par enfant, il est
alors indispensable de souscrire à leur profit
un contrat d'assurance-vie, pour qu'ils profitent
simultanément de l'abattement des droits de
succession 156.359 euros) et de celui de l'assurance-vie
(152.500 euros). Chaque enfant pourra alors
recevoir 308.859 euros en totale franchise d'impôt.
Plus la succession est importante,
plus l'assurance-vie redevient intéressante. A
partir de 542.043 euros (en 2009) de part taxable
par enfant, le taux d'imposition passe de 20% à
30% en matière successorale, quand il reste de seulement
20% en assurance-vie.
IRREMPLAÇABLE pour tous les
autres
L'assurance-vie reste fiscalement
imbattable pour tous les autres bénéficiaires. " Concubin,
petits-enfants, frères et surs, neveux,
nièces, personnes sans lien de parenté avec le
défunt. Bref, pour tous ceux qui bénéficient d'abattements
successoraux dérisoires au regard de celui de l'assurance-vie
(152.500 euros) et, au-delà, d'un barème d'imposition
plus élevé que les 20% pratiqués en assurance-vie ",
note Gaultier Lauriau, directeur de la cellule
patrimoniale chez Aviva. " Pour 200.000 euros
transmis à un non-parent - à un concubin
par exemple -, celui-ci devra payer des
droits de succession à hauteur de 119.062 euros,
contre une taxation plus modeste de 9.500 euros
seulement dans le cadre de l'assurance-vie... "
INÉGALABLE pour répartir
librement son patrimoine
Attention aux confusions !
Comme nous l'avons dit plus haut, ce n'est pas
parce que les conjoints, les partenaires de pacs
ou les frères et surs cohabitants sont
désormais exonérés de droits de succession, qu'ils
peuvent recevoir davantage. La part qui leur est
dévolue dans l'héritage reste la même, la
seule différence c'est qu'elle est désormais
exonérée d'impôt. Pour les conjoints, il n'y a
pas de problème, ils sont héritiers l'un de l'autre
: chacun à droit à une partie du patrimoine en
cas de décès. Mais pour les partenaires de PACS
par exemple, c'est une autre histoire : il ne
sont juridiquement pas héritiers l'un de l'autre,
ce qui en d'autres termes signifie que si l'un
décède, l'autre n'a droit à rien, sauf si un
testament a été rédigé en sa faveur. Il en
est de même pour le concubin, qui, lui, à la
différence des Pacsés, n'a même pas droit à l'exonération
fiscale.
Pour qu'ils puissent recevoir tout
ou partie de la succession, celle-ci doit être
préparée et un testament doit, on l'a dit, être
rédigé en leur faveur. Plutôt que de céder à
ces formalités très solennelles et parfois
impressionnantes, certains préféreront
souscrire une assurance-vie. Ce sera beaucoup
plus simple en termes de formalités et il
suffira de désigner le concubin ou le partenaire
de pacs comme bénéficiaire.
Le raisonnement est le même si l'assuré
souhaite avantager ses petits-enfants, ses
frères et soeurs, neveux, nièces ou toutes les
personnes sans lien de parenté avec lui. L'assurance-vie
étant hors succession, elle n'est pas prise
en compte dans le calcul des biens du défunt,
soumis ensuite à partage. Elle permet donc de
sortir des biens de la masse successorale, pour
les répartir librement et sans avoir à
respecter les règles et autres quotas
successoraux, notamment pour transmettre
davantage que leur part normale à des
héritiers ou donner une partie de son patrimoine
à des personnes qui n'ont aucun droit dans l'héritage,
comme des tiers ou des concubins.
ASTUCIEUSE pour transmettre
davantage à son conjoint
" Avec l'assurance-vie,
on peut augmenter le patrimoine transmis au
conjoint, en lui donnant davantage que ce à quoi
il a normalement droit. Avec une limite cependant :
les primes versées ne doivent pas être
excessives par rapport au patrimoine du défunt,
l'assurance-vie n'ayant pas pour vocation de
vider la succession de sa substance ",
explique Gaultier Lauriau, directeur de la
cellule patrimoniale chez Aviva. " Si
l'assurance-vie est souscrite avant soixante-dix
ans et si l'assuré est en bonne santé, nous
estimons qu'il peut donner jusqu'à 50% de son
patrimoine par ce canal à son conjoint survivant ",
poursuit-il.
Donner davantage que ce à quoi
il a droit à son conjoint
Dans la simulation ci-dessous,
réalisée par Aviva, cela fait plus que doubler
la part du conjoint, qui passe de 90.000 euros
à 240.000 euros. Supposons un couple marié
avec deux enfants. Le mari dispose d'un
patrimoine propre de 360.000 euros.
1/ Si la succession n'a pas été préparée.
Au décès de monsieur, madame peut recevoir en
pleine propriété un quart (sauf option pour l'usufruit
total) de l'actif successoral, soit 90.000 euros.
2/ S'il existe une donation entre époux.
Au décès de monsieur, madame peut recevoir en
pleine propriété un tiers de l'actif
successoral, soit 120.000 euros.
3/ S'il y a une donation entre époux et une
assurance-vie. Il existe une donation entre
époux et monsieur a versé 180.000 euros
sur un contrat d'assurance-vie. Ce dernier étant
" hors succession ", l'actif
successoral passe de 360.000 à 180.000 euros.
Madame peut recevoir : les capitaux de l'assurance-vie
(180.000 euros) et le tiers de l'actif
successoral (60.000 euros), soit 240.000 euros.
POSSIBLE pour cotiser après
soixante-dix ans
Les primes versées sur un contrat d'assurance-vie
après soixante-dix ans, sont soumises aux droits
de succession, au-delà d'un abattement unique de
30.500 euros à partager entre tous les
bénéficiaires - seules les primes sont
éventuellement taxables, les revenus ou produits
du contrat ne le sont pas. Avec la loi Tepa, les
personnes nouvellement exonérées de droits de
succession (conjoint, partenaire de pacs ou
frères et surs cohabitant) ne supportent
plus aucune fiscalité sur les sommes reçues, qu'elles
aient ou non été versées après soixante-dix
ans. Surtout, l'abattement de 30.500 euros
à partager entre les différents bénéficiaires,
ne l'est désormais plus qu'entre ceux qui sont
imposables. Si le conjoint et les deux enfants
par exemple sont bénéficiaires, l'abattement ne
se partage plus en trois comme par le passé,
mais en deux : au profit des deux enfants
seulement. " C'est une très bonne
chose, cette nouvelle règle augmente la part d'abattement
des bénéficiaires non exonérés et diminue en
conséquence les droits qu'ils ont à payer ",
fait valoir Christine Valence, ingénieur
patrimonial chez BNP Paribas Banque Privée.
MIREILLE WEINBERG, Les Echos
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