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Les
Echos n° 19844 du 26 janvier 2007 • page 7
Finances personnelles
Cachez ces frais que je ne saurais voir !
Les services et les produits financiers les
moins chers ne le sont pas toujours.
Zéro frais ! " " Pas de frais
d'entrée ! " " Frais gratuits ! " " Votre assurance-vie 100 % gratuite ! "
Aujourd'hui, dans le monde de la finance autant que demain dans celui de la
politique à lire, écouter et voir certains candidats à l'approche des élections
présidentielles, on rase gratis... Les meilleurs produits financiers seraient
ceux qui coûteraient le moins cher. Les techniques de marketing des
établissements financiers, banques, compagnies d'assurances, empruntent
maintenant leurs méthodes de " hard selling " à la grande distribution. Produits
d'appel, têtes de gondole, promotions, font partie de la panoplie commerciale de
l'industrie financière. Les produits gratuits sont parmi nous!
Bonne nouvelle ? Pas forcément !
Ne vous fiez pas aux apparences. Les services et les produits financiers les
moins chers - qu'il s'agisse de prestations bancaires, de sicav, de fonds
communs de placement ou de contrats d'assurance-vie - ne le sont pas toujours.
Parce que les frais apparents ne sont pas les seuls frais à grever les produits
financiers. Certains frais sont très (trop ?) visibles, comme les droits
d'entrée sur un contrat d'assurance-vie ou un fonds commun de placement. Mais
d'autres le sont beaucoup moins, et ceux-là sont toujours facturés sur les
produits financiers " gratuits " comme sur les autres. Quant aux promesses
commerciales mises en avant par les établissements financiers sur Internet,
elles ne sont pas toujours aussi bien tenues qu'ils aimeraient le faire croire.
Frais bancaires
Les banques en ligne ont fait de
la modicité de leurs tarifs, quand ce n'est pas de l'absence totale de frais,
leur argument commercial majeur. Qu'en est-il en réalité ? Les banques en ligne
ne sont pas moins chères, d'après l'association de défense des consommateurs
CLCV (consommation, logement et cadre de vie). Cette association a comparé début
novembre 2006 les tarifs des services les plus courants proposés par les banques
traditionnelles et ceux des banques en ligne. Elle s'est posée la question
suivante : " Impliquant moins d'investissements en agences, en personnel, ces
banques proposent-elles à leurs clients des tarifs beaucoup plus
intéressants ? " Bonne question ! Et elle y a répondu. Sa réponse ? " Ces
banques ne se distinguent pas radicalement des autres par des tarifs beaucoup
plus intéressants. "
Plus gênant, l'association de
défense des consommateurs attire l'attention sur un point non négligeable :
" Attention aux surcoûts et aux difficultés pratiques pour les clients de ces
banques qui se retrouvent momentanément sans accès à Internet. " Quand
Internet marche, les tarifs pratiqués par les banques en ligne ne sont déjà pas
les moins chers, contrairement à l'idée qu'elles ont réussi à répandre. Quand
Internet ne marche pas, ils deviennent alors prohibitifs.
Autre surprise tarifaire, qui n'a
pas échappé à la CLCV - toujours en matière de services de banque à distance -
ceux des banques classiques comme ceux des banques en ligne : " Contrairement
à ce que l'on pourrait penser, ces services qui permettent pourtant aux banques
d'économiser des ressources, notamment en personnel, ont souvent un coût non
négligeable pour les consommateurs. Les banques qui les proposent gratuitement
sont des exceptions. " Que faire alors ? D'après les résultats de l'enquête
de l'Association de défense des consommateurs, " l'abonnement à un service de
gestion de compte (et pas seulement de consultation) n'a d'intérêt
financier pour un consommateur que s'il est coutumier des virements vers des
comptes extérieurs (et non entre comptes d'une même banque) ; sinon,
mieux vaut se contenter de la simple option de consultation à distance, en
général moins chère, voire gratuite. "
Les banques en ligne pratiquent
une autre forme de rémunération cachée, si l'on peut s'exprimer ainsi. Les
particuliers, attirés par les produits financiers sans frais proposés sur les
sites, seront soumis à un matraquage publicitaire visuel (bannières, etc.)
auquel ils risquent finalement de céder. Là, la gratuité ne sera pas toujours au
rendez-vous. Autrement dit, les clients risquent d'acheter des services ou des
produits plus chers sur Internet (crédits à la consommation, fonds communs de
placement dans l'innovation, par exemple) qu'au guichet de leur banque...
Certains frais sont encore plus
sournois. Mais faut-il parler de frais ? Il s'agit plutôt de manque à gagner. Le
résultat est alors le même. Certains établissements financiers, traditionnels
ceux-là, recommandent à leurs clients qui détiennent des plans d'épargne en
actions (PEA) de garder une poche de liquidités. Discours officiel : c'est pour
" protéger le portefeuille et pouvoir saisir des opportunités ". Cela
part d'une bonne intention. Mais la banque y trouve aussi son (bon) compte.
" Imaginez qu'un établissement bancaire dispose de 30 % de liquidités - non
rémunérées - sur une bonne partie de "ses" PEA bancaires, explique un
conseiller en gestion de patrimoine. En revanche, ils seront placés par la
structure bancaire pour son propre compte..."
Bourse
Très en vogue, les fonds de fonds
fournissent un bon terreau aux frais cachés. Les investisseurs sont persuadés
que les frais indiqués sont les seuls à être facturés. Mais l'architecture des
fonds de fonds est telle que les frais s'empilent les uns sur les autres. Fonds
de fonds, frais de frais ? Les frais de gestion les plus visibles rémunèrent le
gérant responsable du fonds de fonds ou plutôt - pour l'appeler par son nom - le
multigérant qui sélectionne les différents fonds qui constituent le portefeuille
du fonds. Ce sont eux que voit le client - autrement dit, l'investisseur. Mais
ce qu'il ne voit pas, ce sont les frais de gestion correspondant aux différents
fonds. Il les voit d'autant moins qu'ils sont l'objet d'âpres négociations entre
l'établissement financier, qui commercialise le fonds de fonds, et les sociétés
de gestion, qui commercialisent les différents fonds entrant dans la composition
du fonds de fonds. Là, l'investisseur final - vous - ne saura jamais rien des
concessions tarifaires qui ont été faites par les uns ou les autres ou/et des
rétro commissions (l'équivalent des marges arrière dans la grande distribution)
accordées.
" L'aspect le plus important
est celui des frais cachés sur le sous-jacent ",
convient Patrick Stevenson, PDG d'Atlas Capital Groupe à Londres (qu'il avait
rejoint après avoir passé vingt-cinq ans à Paribas), un très gros intervenant
sur le marché des " hedge funds " (les célèbres fonds spéculatifs) et familier
des arcanes de l'industrie financière la plus sophistiquée. Il dénonce " la
tarification pratiquée par des vendeurs sans aucune responsabilité " et
insiste sur " le coût de la distribution pour l'épargnant ". L'opacité
n'est pas toujours aussi... opaque. " Parfois, les frais sont affichés, mais
les vendeurs n'insistent pas trop dessus ", reconnaît un conseiller
financier indépendant.
L'architecture tarifaire des
fonds de fonds ne soulèverait aucune difficulté si les performances des multi
gérants étaient toujours supérieures à celles des mono gérants. Quand le talent
des assembleurs de fonds est réel, il est normal qu'il soit rémunéré en
conséquence. Mais quand un fonds de fonds " fait " moins bien que l'indice de
référence de son univers d'investissement, la pilule est plus difficile à
avaler. C'est le cas de ce fonds de fonds spécialisé dans les valeurs
américaines. Les différentes " poches " - les catégories de valeurs - avaient
été confiées aux meilleurs gérants, sélectionnés par la société de multi
gestion. Problème : le fonds de fonds a réalisé au premier semestre 2006 des
performances inférieures à celles de l'indice de la Bourse de New York. Sans
commentaires !
Intermédiaires financiers
Le chapitre des faux frais ou des
frais cachés sur les produits financiers serait incomplet sans qu'une mention
spéciale soit accordée aux conditions dans lesquelles sont rémunérés les
conseillers financiers.
Les conseillers en gestion de
patrimoine indépendants peuvent être tentés de prescrire à leurs clients les
produits sur lesquels leurs commissions, rétrocédées par les sociétés de
gestion, les rétro commissions pour les appeler par leur nom, sont les plus
importantes. Qu'ils cèdent à la tentation ne prête pas à conséquence si leur
préférence va à des produits financiers, sicav, fonds communs de placement,
contrats d'assurance-vie, dont les performances sont convenables. D'ailleurs,
les plus sérieux d'entre eux ne prennent pas le risque de se tirer une balle
dans le pied en faisant passer leur intérêt financier avant celui de leurs
clients. Quand les performances ne sont pas bonnes, les clients s'en vont un
jour ou l'autre.
Beaucoup de conseillers
financiers se fournissent auprès de plates-formes comme on les appelle - qui
font le commerce de demi-gros de fonds d'investissement, des sicav et des fonds
communs de placement. Elles sont l'émanation de grandes banques privées ou de
grandes compagnies d'assurances. Elles référencent un certain nombre de fonds
gérés par des banques ou des sociétés de gestion différentes. Par ailleurs, les
plates-formes apportent une aide administrative et juridique aux conseillers
financiers : elles les aident à assurer leur " back office ". Les sociétés de
gestion, surtout les plus petites, les plus soucieuses d'être référencées, sont
amenées à consentir des rabais aux plates-formes dans l'espoir d'être retenues
et d'être ainsi plus visibles pour les conseillers financiers habitués à
travailler avec telle ou telle structure. Les règles, si règles il y a,
auxquelles obéit la répartition des frais de gestion entre les sociétés de
gestion, les plates-formes et les... clients des conseillers financiers relèvent
du mystère commercial le plus épais...
Contrats d'assurance-vie
C'est une espèce de contrat
d'assurance-vie en voie de disparition. Mais certains spécimens survivent
encore. Il s'agit des contrats dits à frais précomptés. Redoutable mécanique :
dans ces contrats à primes périodiques longtemps très largement diffusés par les
compagnies d'assurances, les frais sont perçus au début du contrat pour
l'ensemble des primes à verser sur le contrat. Résultat : le capital peut se
trouver dans les premiers mois " mangé " par les frais. Dans les pires des
contrats à frais précomptés, les versements de la première, voire de la deuxième
année, sont engloutis par la compagnie d'assurances. Le seul moyen de repérer
les contrats à frais précomptés est de demander à la compagnie d'assurances ou à
la banque la valeur de rachat du contrat : une valeur de rachat nulle ou très
amoindrie indique la présence de frais précomptés.
Les contrats d'assurance-vie,
mais là, il s'agit des contrats d'assurance-vie " normaux ", ceux qui ne sont
pas " chargés " dès le départ, n'échappent pas au débat sur la gratuité des
frais. Au contraire. C'est sur ce marché-là que les banques en ligne font porter
le gros de leurs efforts commerciaux et de leurs surenchères à la baisse en
matière de tarifs. L'argument brandi par les compagnies d'assurances en ligne a
de quoi frapper les esprits. Elles s'engagent à prélever... 0 % de frais à vie
sur tous les versements, alors que les compagnies d'assurance traditionnelles
prélèvent des droits d'entrée oscillant entre 3 et 5 %.
Les compagnies d'assurances
traditionnelles dénoncent le mirage des frais réduits. Ils seraient forcément
récupérés ailleurs, notamment en matière de frais de gestion. La compagnie
d'assurances en ligne reprendrait d'une main (les frais de gestion sont beaucoup
plus pénalisants puisqu'ils courent sur l'ensemble de la durée de vie du contrat
d'assurance-vie) ce qu'elles donnent de l'autre (les frais d'entrée gratuits qui
ne sont gratuits qu'une seule fois). Faux procès ? Les contrats en ligne
permettent aux banques ou aux compagnies d'assurances de s'affranchir du réseau
de distribution à qui reviennent traditionnellement les frais d'entrée. En
profitent-elles pour se rattraper sur les frais de gestion ? Les frais de
gestion des contrats souscrits en ligne ne sont en général pas plus élevés que
ceux de la plupart des contrats multi supports commercialisés par les compagnies
traditionnelles. En revanche, les souscripteurs risquent de faire les frais
d'une souscription en ligne d'une autre façon. " Quand vous souscrivez un
contrat d'assurance-vie sur Internet, il n'y a pas de juriste derrière pour vous
dire si la clause bénéficiaire est bien rédigée. Le jour du décès du
souscripteur, les conséquences peuvent se révéler catastrophiques ",
explique Jacques Tord, conseiller en gestion de patrimoine et administrateur de
La Boétie Patrimoine. " Eviter une erreur peut faire gagner beaucoup
d'argent. "
Produits structurés
C'est la nouvelle frontière de
l'industrie financière ! Les produits structurés, les plus connus des
particuliers étant les fonds à formule, à capital garanti ou à promesse (les
vocables sont variables et presque interchangeables), connaissent depuis
quelques années un développement foudroyant. Ces produits sont des produits qui
ne sont pas dans la plupart des cas gérés. Ils sont, comme le dit un conseiller
financier indépendant " ficelés au départ ". " Quand le produit
structuré a été structuré, il ne bouge plus ", précise le même
interlocuteur. Pourtant, ils sont affublés de frais de gestion annuels ! Sans
compter que les droits d'entrée sont perdus, parce qu'ils n'entrent pas dans le
montant des capitaux sur lequel porte la garantie dans le cas des fonds à
capital garanti.
Certains frais peuvent en cacher
d'autres !
MICHEL
TURIN |